Epargne·11 min de lecture

Le PER vaut-il le blocage ?

Bloquer son épargne jusqu'à la retraite ne se justifie que si la contrepartie est réelle. Elle l'est souvent, mais pas toujours, et ce qui décide tient à votre taux d'imposition aujourd'hui puis à celui que vous aurez à la retraite.

Antoine Berjoan·

Un dirigeant me demandait la semaine dernière s'il devait verser sur un PER. Sa question n'était pas fiscale, elle était plus simple : « je bloque cet argent jusqu'à mes soixante-quatre ans, qu'est-ce que j'ai en échange ? »

C'est la bonne question, et elle a une réponse chiffrable. Le PER déduit vos versements de vos revenus imposables : à effort égal, vous placez davantage. Ce supplément travaille pendant toute la durée, puis il est réimposé au moment où vous récupérez le capital. Tout se joue dans l'écart entre ces deux moments.

Cet article mesure cet écart, puis regarde ce qu'il ne dit pas : le blocage, et les portes de sortie qui existent quand même.

Ce que la déduction achète

Comparer un PER à une autre enveloppe au même versement brut n'a aucun sens : le PER vous a rendu une partie de chaque versement en chemin, l'autre non. La seule comparaison honnête se fait à effort égal, c'est-à-dire au même argent réellement sorti de votre poche.

Concrètement, si vous versez 1 000 € sur un PER en étant imposé à 30 %, l'État vous en rend 300. Votre effort réel est de 700 €. La bonne question n'est donc pas « 1 000 € sur un PER contre 1 000 € sur une assurance-vie », mais « 1 000 € sur un PER contre 700 € sur une assurance-vie ». C'est ce que fait le simulateur ci-dessous, sur chacune des vingt combinaisons de tranches.

Deux enseignements sortent de ce tableau.

Le premier est attendu : plus votre tranche baisse entre aujourd'hui et la retraite, plus le PER gagne. Déduire à 41 % pour être repris à 11 % est une opération très différente de l'inverse, et le tableau chiffre cette différence en euros plutôt qu'en principes.

Le second l'est moins. Quand votre taux ne change pas entre aujourd'hui et la retraite, on s'attend à une opération blanche. Ce n'est pas le cas : le PER perd un peu quand vous êtes faiblement imposé, et gagne franchement quand vous l'êtes beaucoup. C'est le point le plus contre-intuitif de tout ce sujet, et il mérite qu'on s'y arrête.

Le paradoxe du taux inchangé

Prenons quelqu'un qui déduit à 11 % et qui sera imposé à 11 % à la retraite. L'intuition dit que l'impôt est le même dans les deux sens, que le PER a simplement fait travailler 11 % de plus, et qu'il doit donc gagner.

Sur le capital, cette intuition est exacte au centime. Sur un cas de douze ans à 5 %, la déduction encaissée à l'entrée est de 5 852 € et l'impôt rendu sur le capital réintégré est de 5 852 €. Écart : zéro. Et ces 11 % ont bien travaillé, puisque le PER produit 1 964 € de plus-value de plus que l'assurance-vie.

Ce que l'intuition oublie, c'est que les deux enveloppes ne taxent pas leurs gains au même taux.

Plus-valueImpôtTaux
PER17 854 €5 606 €31,4 %
Assurance-vie15 890 €3 580 €22,5 %

Le PER subit la flat tax sur ses plus-values. L'assurance-vie, après huit ans, bénéficie d'un taux réduit après abattement. Neuf points d'écart. Le calcul se referme alors tout seul : 1 964 € de gains supplémentaires, moins 2 026 € de surtaxe sur ces gains, il reste 62 € de moins pour le PER.

La vraie raison de cet échec tient en une ligne : à 11 %, l'État ne vous rend pas assez pour que le supplément compte. Sur 1 000 € versés, il vous en rend 110. Le capital supplémentaire mis au travail est trop mince pour rattraper neuf points d'écart sur la fiscalité des gains. Le même mécanisme, à 30 %, rend 300 € pour 1 000 € versés, et à 41 %, 410 €. À partir de là, le supplément devient assez gros pour l'emporter, et il l'emporte largement.

C'est pour cela que le PER n'est pas un produit universel. Il ne récompense pas l'épargnant, il récompense le contribuable : plus vous êtes imposé aujourd'hui, plus la mécanique tourne en votre faveur. À 11 %, elle ne tourne quasiment pas.

Le PER n'est pas un produit de rendement. Ce qu'il vous rapporte dépend de votre taux d'imposition : celui d'aujourd'hui, qui détermine ce que l'État vous rend, et celui de votre retraite, qui détermine ce qu'il vous reprend.

Ce qui fait pencher la balance

Le raisonnement précédent vaut pour un contribuable faiblement imposé sur une durée courte. Dès qu'on monte, il s'inverse, et c'est là que le PER devient réellement intéressant.

Voici l'écart entre un PER et une assurance-vie, à effort égal, pour quelqu'un imposé à 30 % aujourd'hui comme à la retraite. Aucun avantage fiscal, donc : uniquement l'effet du capital supplémentaire qui travaille.

10 ans15 ans20 ans25 ans30 ans
3 % par an+635 €+1 601 €+2 996 €+4 828 €+7 145 €
5 % par an+1 690 €+3 994 €+7 404 €+12 159 €+18 545 €
7 % par an+2 934 €+6 938 €+13 237 €+22 600 €+36 051 €
9 % par an+4 356 €+10 560 €+20 969 €+37 533 €+63 108 €

En pourcentage, on passe de 1,8 % dans le coin le plus prudent à 21,5 % dans le plus dynamique. Sans que le taux d'imposition ne bouge d'un point.

La lecture est simple : tout ce qui améliore le rendement du surinvestissement joue en faveur du PER. Une durée longue, parce que le capital supplémentaire compose plus longtemps. Un rendement élevé, pour la même raison. Un taux d'imposition élevé aujourd'hui, parce que la somme que l'État vous rend lui est proportionnelle. Ces trois leviers se multiplient entre eux, ce qui explique l'écart de 1 à 100 entre les deux coins du tableau.

Autrement dit, le PER convient à celui qui déduit haut, qui a du temps devant lui, et qui accepte une allocation dynamique. Il ne convient pas à celui qui déduit bas, à cinq ans de la retraite, sur un fonds euros.

Ce que vous ne récupérez pas

Aucune colonne du simulateur ne mesure ce qui suit, et c'est pourtant le vrai prix du PER : l'argent est bloqué jusqu'à la retraite.

Cela a une conséquence pratique avant d'en avoir une financière. Un PER ne se remplit qu'avec de l'épargne dont vous êtes certain de ne pas avoir besoin. Il vient après l'épargne de précaution, après les projets à horizon connu, après le matelas qui vous permet de traverser un trou d'air sans vendre au mauvais moment. Un dirigeant qui met tout son excédent sur un PER se retrouve riche sur le papier et à court de trésorerie, ce qui est précisément la situation qu'on cherche à éviter.

L'ordre compte donc autant que le produit. Le PER se justifie quand le reste est déjà en place, pas à la place du reste.

Les six portes de sortie

Le blocage n'est pas absolu. La loi prévoit six cas de déblocage anticipé, et ils ne se valent pas du tout fiscalement.

Cinq d'entre eux sont des accidents de la vie : le décès du conjoint ou du partenaire de PACS, l'invalidité, le surendettement, l'expiration des droits au chômage, et la liquidation judiciaire d'une activité non salariée. Dans ces cinq cas, le capital sort sans aucun impôt sur le revenu : seuls les prélèvements sociaux sur les gains restent dus.

Le sixième est l'achat de la résidence principale. Il ne bénéficie d'aucun régime de faveur : le capital est réintégré à vos revenus de l'année, en une seule fois.

L'écart est considérable, et il grandit avec la durée. Déplacez les curseurs pour le voir sur votre propre situation.

Vous avez versé pendant10 ans
Vos revenus à la sortie70 000 €

Calcul en cours.

Sur dix ans de versements, l'écart dépasse déjà douze mille euros. Sur vingt, il approche les trente mille. Même contrat, même capital, même jour : la différence tient uniquement au motif inscrit sur le formulaire.

Deux conséquences, et elles vont dans des directions opposées.

La première est rassurante, et elle est sous-estimée. L'expiration des droits au chômage est un cas de déblocage à part entière, au régime favorable. Dans une génération où très peu de carrières se feront dans une seule entreprise, cela change la nature du produit : le PER n'est pas seulement un placement retraite, c'est aussi un filet dont on peut avoir besoin bien avant.

La seconde l'est moins. Utiliser son PER pour acheter sa résidence principale est presque toujours un mauvais calcul. Vous vous êtes déduit à votre tranche marginale, année après année, et vous vous faites réimposer sur la totalité du capital en une seule fois. L'empilement vous fait franchir des tranches que vous n'auriez jamais franchies en étalant. Et contrairement à un départ en retraite, vous ne pouvez pas étaler : on n'achète pas une maison sur cinq ans.

Si l'apport de votre résidence principale est un objectif à cinq ou dix ans, il n'a rien à faire sur un PER. Un PEA ou une assurance-vie feront le même travail sans vous imposer une réintégration en bloc.

Alors, ça vaut le blocage ?

La réponse dépend de trois chiffres que vous connaissez, et d'un que personne ne connaît.

Vous connaissez votre taux d'imposition aujourd'hui. Vous connaissez votre horizon, à quelques années près. Vous connaissez l'allocation que vous supportez. Ces trois-là suffisent à situer votre cas dans le tableau, et à savoir si le PER se justifie même si votre imposition ne baisse pas.

Celui que personne ne connaît, c'est votre taux d'imposition à la retraite. Elle baisse le plus souvent, mais pas toujours, et rarement pour ceux qui conservent des revenus locatifs ou des dividendes. C'est pour cette raison que le simulateur montre vingt situations plutôt qu'une seule : il ne s'agit pas de deviner juste, mais de mesurer combien votre décision dépend de ce que vous ne pouvez pas savoir.

Et quand cette sensibilité est faible, la décision devient facile.

Les questions qu'on me pose

La fin de droits au chômage permet-elle vraiment de débloquer un PER ?

Oui, c'est l'un des six cas prévus par la loi, et il relève du régime favorable : le capital sort sans impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux sur les gains sont dus. Il faut être en fin d'indemnisation, pas simplement au chômage.

Ouvrir un PER pour financer un achat immobilier, bonne idée ?

Rarement. Le déblocage pour la résidence principale existe, mais il est le seul des six cas privé du régime favorable : tout le capital que vous avez déduit revient dans vos revenus de l'année, en une fois, et vous fait franchir des tranches. Vous vous êtes déduit progressivement, à votre taux marginal, et vous êtes réimposé d'un bloc. À la retraite, on échappe à cet empilement en étalant les retraits sur plusieurs années ; pour un achat, cette échappatoire n'existe pas, puisque vous avez besoin de la somme entière le jour de la signature. Si votre apport est un objectif à cinq ou dix ans, un PEA ou une assurance-vie feront le même travail sans vous imposer cette réintégration en bloc.

Peut-on étaler le retrait pour payer moins d'impôt ?

À la retraite, oui, et c'est même le principal levier pour rester dans une tranche basse. Encore faut-il que l'étalement serve à quelque chose : il n'économise que si le capital réintégré vous aurait fait franchir une tranche. Si vous restez dans la vôtre de toute façon, étaler ne change rien.

Comment estimer mon taux d'imposition à la retraite ?

Vos revenus de retraite sont en général inférieurs à vos revenus d'activité, ce qui fait souvent baisser d'une tranche. Mais ce n'est pas systématique, notamment pour les dirigeants qui conservent des revenus locatifs ou des dividendes. Le simulateur en tête d'article sert justement à voir de combien la décision change selon l'hypothèse retenue.

Pourquoi comparer à effort égal plutôt qu'à versement égal ?

Parce qu'à versement brut égal, la comparaison est faussée : le PER vous a rendu une partie de chaque versement par la déduction, l'assurance-vie non. À effort égal, les deux enveloppes reçoivent le même argent réellement sorti de votre poche, et l'écart mesure ce que le PER apporte vraiment.

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Chiffres calculés avec le moteur Rheos à partir des règles fiscales en vigueur, à titre pédagogique. Ils ne constituent ni un conseil en investissement ni un conseil fiscal, et ne remplacent pas une étude personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.