Guide pratique

Relire sa clause bénéficiaire

Quelques lignes décident de qui recevra votre assurance-vie. Cinq étapes pour vérifier qu'elles disent encore ce que vous voulez, avant qu'il soit trop tard pour les corriger.

Retrouver la clause en vigueur

La clause que vous croyez avoir n'est pas toujours celle que l'assureur appliquera : il paie selon la dernière désignation qu'il connaît.

  • Bulletin de souscriptionla clause d'origine
  • Avenant ou lettrela modifie ensuite
  • Testamentà signaler à l'assureur

La clause figure d'abord sur le bulletin de souscription : une formule pré-imprimée cochée, ou une rédaction libre. Elle a pu être modifiée ensuite par un avenant, une simple lettre signée adressée à l'assureur, ou un testament. Aucune forme n'est imposée, mais la volonté doit être certaine.

Une modification que l'assureur ignore peut rester sans effet. S'il paie de bonne foi l'ancien bénéficiaire, il est libéré, et le bénéficiaire voulu doit se retourner contre celui qui a reçu l'argent. Si vous avez modifié votre clause par testament, prévenez aussi l'assureur.

  • Demander à chaque assureur la clause enregistrée, PER assurance compris.
  • Rassembler les avenants et tout testament qui la modifie.
  • Recopier la clause mot pour mot sur la fiche.

Repère : La Médiation de l'Assurance recommande de relire sa clause au moins tous les deux ans, et à chaque événement familial.

La confronter à votre famille d'aujourd'hui

Une clause rédigée il y a dix ans décrit la famille d'il y a dix ans. Un mariage, un PACS, un divorce ou une naissance peuvent la rendre inadaptée sans en changer un mot.

  • Marié au jour du décèsReçoit
  • Séparé, sans divorce prononcéReçoit
  • DivorcéNe reçoit rien
  • Partenaire de PACSNe reçoit rien
  • ConcubinNe reçoit rien

« Mon conjoint » désigne la personne mariée avec vous au jour du décès, pas celle qui l'était à la signature. Après un divorce définitif, votre ex-époux n'en profite plus ; si vous vous remariez, c'est le nouvel époux. En revanche, un époux séparé sans divorce reste votre conjoint. Et un partenaire de PACS ou un concubin n'est pas un conjoint : avec cette formule, il ne reçoit en principe rien.

À l'inverse, un bénéficiaire désigné par son nom le reste après un divorce. « Mes enfants » vise tous vos enfants dont la filiation est établie, quelle que soit l'union, mais pas les enfants de votre conjoint : pour les inclure, il faut les nommer.

  • Lister les personnes que vous voulez protéger aujourd'hui.
  • Vérifier que chacune est bien visée par la clause, par sa qualité ou par son nom.
  • Ne pas mélanger les deux : pas de « mon épouse, Madame X ».

Repère : Si vous êtes pacsé ou en concubinage, la formule « mon conjoint » ne protège pas votre partenaire.

Vérifier les rangs jusqu'au dernier

Chaque « à défaut » ouvre un rang de secours. Sans dernier rang, un contrat peut revenir dans votre succession et perdre sa fiscalité propre.

  1. Rang 1mon conjointà défaut
  2. Rang 2mes enfants nés ou à naîtreà défaut
  3. Rang 3mes héritierssinon
  4. La succession, sans la fiscalité de l'assurance-vie

La clause se lit comme une cascade : le premier rang reçoit tout ; s'il n'existe plus ou renonce, le rang suivant prend sa place. La formule type « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, à défaut mes héritiers » en compte trois.

Si aucun bénéficiaire n'est désigné, ou si tous ont disparu ou renoncé, le capital entre dans la succession et suit ses règles, sans l'abattement propre à l'assurance-vie. C'est pourquoi la Médiation de l'Assurance recommande de toujours terminer par « à défaut mes héritiers ».

  • Compter les rangs de votre clause.
  • Vérifier qu'elle se termine par « à défaut mes héritiers ».
  • Pour chaque rang, imaginer qui recevrait si les précédents n'étaient plus là.

Repère : Un contrat sans bénéficiaire désigné entre dans votre succession : il perd la fiscalité propre à l'assurance-vie.

Prévoir le décès d'un bénéficiaire

Si l'un de vos enfants meurt avant vous, sa part ne va pas d'office à ses propres enfants, sauf si la clause le prévoit.

« mes enfants, par parts égales »
  • Enfant A1/2
  • Enfant B1/2
  • Enfants de Crien, en principe
« mes enfants, vivants ou représentés, par parts égales »
  • Enfant A1/3
  • Enfant B1/3
  • Enfants de C1/3

La représentation ne se présume pas dans une clause bénéficiaire : elle doit être écrite. Avec « mes enfants, par parts égales », la part d'un enfant décédé avant vous revient en principe à ses frères et sœurs, mais un juge peut l'attribuer au rang suivant de la clause. Avec « mes enfants, vivants ou représentés, par parts égales », elle revient aux enfants de l'enfant prédécédé.

La même question se pose en cas de renonciation : un enfant qui renonce ne transmet pas sa part à ses propres enfants sans clause expresse. Des pourcentages précis, avec le sort de chaque part défaillante, laissent moins de place à l'interprétation que « par parts égales ».

  • Décider où doit aller la part d'un bénéficiaire qui meurt avant vous.
  • Vérifier que la clause l'écrit, par « vivants ou représentés » ou autrement.
  • Préférer des pourcentages quand les parts ne sont pas égales.

Repère : Sans la mention « vivants ou représentés », la part d'un enfant décédé avant vous ne va pas à ses propres enfants.

Vérifier la fiscalité, puis que rien n'est figé

Hors succession ne veut pas dire hors impôt. Ce que chaque bénéficiaire paiera dépend de son lien avec vous et de votre âge au moment de chaque versement, ou au décès pour un PER.

152 500 €par bénéficiairePuis 20 %, et 31,25 % sur ce qui dépasse 852 500 € reçus.
30 500 €à partager entre les bénéficiaires imposésPuis droits de succession sur les versements. Les gains sont exonérés.
Assurance-vie. Conjoint et partenaire de PACS : exonérés de prélèvement et de droits, mais pas des prélèvements sociaux sur les gains. Pour un PER, c'est l'âge au décès qui compte.

En assurance-vie, pour les versements faits avant vos 70 ans, chaque bénéficiaire peut recevoir jusqu'à 152 500 € sans ce prélèvement, tous contrats confondus, puis paie 20 %, et 31,25 % sur ce qui dépasse 852 500 €. Pour les versements faits après 70 ans, sur un contrat ouvert depuis le 20 novembre 1991, un seul abattement de 30 500 €, tous contrats confondus, se partage entre les bénéficiaires imposables ; au-delà, les versements supportent les droits de succession, mais les gains accumulés en sont exonérés. Pour un PER, c'est votre âge au décès qui compte : après 70 ans, tout le capital, gains compris, supporte les droits de succession au-delà de 30 500 €.

Votre conjoint et votre partenaire de PACS ne paient ni ce prélèvement ni les droits de succession. Les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus sur les gains qui n'y ont pas encore été soumis, quel que soit le bénéficiaire.

Vérifiez enfin qu'aucun bénéficiaire n'a accepté la clause. Une acceptation signée avec votre accord, ou sans lui avant 2008, la rend irrévocable : vous ne pouvez plus la modifier, ni retirer d'argent, sans l'accord de ce bénéficiaire. Et pour un proche décédé dont vous pensez être bénéficiaire, l'AGIRA interroge gratuitement tous les assureurs.

  • Noter, pour chaque contrat, la part versée avant et après 70 ans, et votre âge pour un PER.
  • Vérifier auprès de l'assureur qu'aucune acceptation n'est enregistrée.
  • Noter la date de votre prochaine relecture.

Repère : En assurance-vie, chaque bénéficiaire autre que le conjoint ou le partenaire de PACS dispose d'un abattement de 152 500 € sur les versements faits avant 70 ans.

Questions fréquentes

Ce guide est pédagogique : il ne constitue ni un conseil juridique ni une recommandation personnalisée. Règles en vigueur au 25 septembre 2026 (Code des assurances, articles L132-8 à L132-13 et L132-25 ; Code de la sécurité sociale, article L136-7 ; Code général des impôts, articles 990 I et 757 B ; Cahiers de la Médiation de l'Assurance n° 3 et 4).