Guide pratique
Investir un capital : en une fois ou en plusieurs
Une vente, un héritage, une prime : cinq étapes pour décider comment faire entrer ce capital sur les marchés, et pour tenir votre décision quand ils bougent.
Vérifier que cet argent a sa place sur les marchés
Avant la question du « comment », il y a celle du « si ». Le meilleur calendrier du monde ne corrige pas un argent placé au mauvais endroit.
- Un capital déjà constituéVente, héritage, prime : c'est pour lui que la question se pose.
- Une épargne mensuelleVous faites déjà du DCA, par nécessité : cet argent n'existe pas encore.
La question ne concerne que le capital déjà constitué : une vente, un héritage, une prime, un contrat arrivé à échéance. Si vous versez chaque mois une part de vos revenus, vous faites déjà du DCA, par nécessité : cet argent n'existe pas encore.
Demandez-vous ensuite quand vous en aurez besoin. Un capital destiné à un achat dans trois ans n'a pas à être exposé aux actions, ni en une fois ni progressivement. L'étalement ne corrige pas un horizon trop court : il le masque quelques mois.
À faire
- Noter le montant du capital à placer.
- Noter la date à laquelle vous pourriez en avoir besoin.
- Mettre de côté votre épargne de précaution, qui n'a rien à faire sur les marchés.
Repère : Plus l'horizon est court, plus la part en actions doit être faible. Un argent qui doit être là dans trois ans, quoi qu'il arrive, n'a rien à faire en actions.
Choisir le niveau de risque avant le calendrier
L'étalement retarde votre exposition au risque, il ne la réduit pas. Une fois tout le capital investi, vous vivez exactement les variations de l'allocation que vous avez choisie.
Si l'idée de voir la totalité du capital baisser de 20 % vous est insupportable, le problème n'est souvent pas le moment d'entrée, mais le niveau de risque. Une allocation plus prudente investie en une fois est fréquemment plus cohérente qu'une allocation trop audacieuse investie lentement.
Fixez donc d'abord la part en actions que vous êtes prêt à porter pendant toute la durée du placement. Le calendrier ne vient qu'ensuite, et il ne sert qu'à une chose : rendre l'entrée plus supportable.
À faire
- Fixer la part en actions de votre allocation.
- Vérifier que cette part reste supportable dans une mauvaise année.
- Ne choisir le calendrier qu'une fois l'allocation arrêtée.
Repère : Après l'étalement, un DCA et un versement unique portent exactement le même risque. Seul reste l'écart entre leurs prix d'entrée.
Tester votre réaction à une baisse
Que ferez-vous si le marché baisse de 20 % le mois suivant ? C'est la vraie question, et elle n'a pas de bonne réponse théorique, seulement une réponse honnête.
- Le versement unique qui a tortUne perte sèche150 000 € placés, le relevé en affiche 120 000 €, sur un argent que vous aviez déjà.
- Le DCA qui a tortUn manque à gagnerLe marché a monté pendant l'étalement : le capital a progressé, moins qu'il aurait pu.
Les deux stratégies ne se trompent pas de la même façon. Quand un versement unique tourne mal, le relevé affiche une perte sèche, sur un argent que vous aviez déjà, et vous savez quel jour vous l'avez décidée. Quand un DCA a tort, c'est le plus souvent parce que le marché a monté pendant l'étalement : votre capital a progressé, simplement moins qu'il aurait pu.
Nous ne pesons pas ces deux erreurs de la même façon : une perte pèse psychologiquement environ deux fois plus lourd qu'un gain de même montant. Ce qui compte n'est donc pas la stratégie la plus rentable en moyenne, mais celle que vous tiendrez le jour où la baisse arrive.
À faire
- Imaginer le relevé du mois suivant avec 20 % de moins.
- Écrire honnêtement ce que vous feriez : rester, renforcer ou vendre.
- Si la réponse est « vendre », revenir à l'étape 2 avant d'aller plus loin.
Repère : Vendre après une baisse transforme une perte temporaire en perte définitive. C'est le seul scénario vraiment coûteux, et c'est lui qu'il faut rendre improbable.
Choisir la cadence
Deux fois sur trois, investir en une fois l'emporte. Le tiers restant, ce sont les entrées juste avant une baisse, et c'est ce risque-là que l'étalement vient borner.
Environ deux fois sur trois, le versement unique fait mieux qu'un étalement. Sur les actions européennes : 66,5 % des cas.
Coût médian d'un étalement, sur 100 000 $ au bout d'un an
Les études de Vanguard l'ont mesuré sur plusieurs marchés et plusieurs époques : le versement unique fait mieux dans environ deux cas sur trois, parce que les marchés actions montent plus souvent qu'ils ne baissent. Le DCA n'achète pas du rendement, il en coûte : il achète une borne sur le pire scénario.
Si vous êtes certain de tenir, le versement unique est statistiquement le meilleur choix. Si vous hésitez, un étalement court est une assurance raisonnable : trois à six mois, rarement au-delà de douze, car plus il dure, plus il ressemble à ce qu'il cherchait à éviter, ne pas investir. Entre les deux, la formule mixte investit une moitié tout de suite et étale le solde.
À faire
- Choisir entre une fois, la formule mixte ou un étalement.
- Si vous étalez, fixer une durée de trois à six mois, douze au plus.
- Noter la date de fin de l'étalement.
Repère : Selon Vanguard (2023), sur 100 000 $ placés, étaler sur trois mois laissait en médiane environ 500 $ de moins au bout d'un an, et sur six mois environ 1 500 $. Le prix d'une assurance, proportionné à sa durée.
Écrire le plan, puis ne plus y toucher
Un étalement n'a de valeur que s'il va au bout. Celui qu'on suspend au premier krach cumule les deux inconvénients : il a manqué la hausse en attendant, et il manque le rebond en s'arrêtant.
- M1
- M2
- M3
- M4
- M5
- M6
Écrivez le plan avant de commencer : le montant de chaque tranche, la fréquence, la date de fin, et le support sur lequel attend la part non encore investie. Sur de nombreux contrats d'assurance-vie, le capital peut être versé sur le fonds euros puis transféré chaque mois vers les supports choisis par arbitrages programmés : l'argent en attente reste sur un support garanti.
Automatisez tout ce qui peut l'être. Un calendrier décidé à l'avance résiste mieux à l'actualité qu'une décision à reprendre chaque mois, surtout les mois où elle est difficile.
À faire
- Écrire le montant et la fréquence des tranches.
- Choisir le support d'attente de la part non investie.
- Mettre en place des arbitrages programmés, si votre contrat le permet.
Repère : La meilleure stratégie n'est pas celle qui maximise le capital en moyenne : c'est celle que vous tenez jusqu'au bout.
Questions fréquentes
Ce guide est pédagogique : il ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Chiffres issus des études Vanguard de 2012 et 2023. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
